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lundi 11 juin 2018

RÉPONSES DES ARMENOPHILES AUX INJURES ET CALOMNIES DE PIERRE LOTI ET PIERRE BENOIT


Ces jours-ci une polémique autour de la restauration de la maison de Pierre Loti tourne sur les réseaux sociaux, reprise par les médias.

Il nous a paru utile de mettre à la disposition de nos lecteurs un extrait du livre de Khayadjian.

Extrait du livre "Archag Tchobanian et le mouvement arménophile en France" d'Edmond Khayadjian, éditions Sigest, 2000. Actuellement épuisé, ce livre sera réédité en 2019.
Le texte publié ci-dessous est en relecture par notre correcteur. Mais vu l'urgence du sujet nous le publions tel quel.


vendredi 3 février 2017

Henry Cuny, président d'honneur de l'Institut Tchobanian

 Henry Cuny, 
président d'honneur de l'Institut Tchobanian


Lors d'une réunion organisée le 2 février 2017 à Paris, le Conseil d'administration de l'Institut Tchobanian a décerné le titre de Président d'honneur à Monsieur Henry Cuny, ancien l'ambassadeur de la France en Arménie.

M. Cuny avec l'attestation de présidence d'honneur de l'IT
Une trentaine de personnes étaient réunies au Yan's club en présence de SEM Viken Tchitechian, l'ambassadeur de la République d'Arménie en France, M. Vahé Vahramian, le représentant de l'Arménie auprès l'UNESCO, des présidents d'associations, des journalistes (RFI, France-Arménie, Nor-Haratch, Radio Free Europe, revue "Europe et Orient")

M. Sirapian président de l'IT offre un cadeau symbolique (jeune femme arménienne avec une grenade) à M. Cuny


M. Varoujan Sirapian dans une courte présentation a rappelé les activités de l'Institut en 2015 et 2016, aussi bien en France qu'en Arménie, notamment la visite de M. Cuny, invité par l'IT, avec la participation du ministère de la Culture de l'Arménie et l'UFAR pour présenter son livre "Arménie, l'âme d'un peuple". Il a été rappelé aussi les publications du livre du professeur Yaïr Auron (en français et en arménien) sur la famille Aznavour et le Groupe Manouchian.

Ensuite il a passé la parole à M. Henry Cuny.
M. Cuny prononce son discours comme Président d'honneur.
 
Discours d’introduction de M. Henry Cuny
Ancien ambassadeur de France en Arménie

Jeudi 2 février 2017


            Monsieur le Président,
 
           Par lettre du 30 décembre dernier vous m’avez aimablement proposé la présidence d’honneur de l’Institut que vous avez fondé et qui se propose de promouvoir la culture française et la francophonie en Arménie.
            Comme vous le savez, ces deux thématiques ont fortement inspiré mon action dans ce pays durant les cinq années où j’ai été le représentant de la France (2002-2006). Elles ont notamment donné naissance à l’Université française en Arménie dans ses statuts actuels qui l’ont hissée au rayonnement et aux résultats que l’on sait.
            C’est donc un grand honneur que vous me faites en me demandant d’apporter ainsi mon parrainage à un Institut qui porte le nom d’un grand intellectuel arménien, Archag Tchobanian, chez qui je retrouve ce souci qui fut et demeure le mien de diffuser les lettres françaises parmi les Arméniens et faire connaître la culture arménienne en France.
            C’est dans cet esprit d’échange des idées et des lettres, d’approfondissement de nos identités respectives, d’exploration et de découvertes de nos singularités, que j’accepte volontiers, avec cette charge honorifique, d’apporter ma pierre à vos initiatives en ces domaines.

            Cette lettre d’acceptation que votre assemblée me fait aujourd’hui l’amitié de ratifier définit, je crois, très précisément le sens que je veux donner à cette présidence d’honneur et le domaine auquel j’entends me tenir - loin de la politique, même internationale dont je ne suis plus chargé - celui des échanges culturels entre la France et l’Arménie, la culture ayant toujours été pour moi l’âme de la diplomatie : l’âme mais aussi l’arme la plus effective, la plus convaincante. La culture est la clef par laquelle le cœur de chaque peuple peut s’ouvrir aux autres. Elle ne peut et ne doit en aucun cas être un enfermement car, ainsi que l’a dit le maréchal Foch, il n’y a pas d’homme cultivé, il n’y a que des hommes qui se cultivent.
            Toute la vie d’Archag Tchobanian en porte témoignage. Je vois un peu cette grande figure comme la quintessence de ce que vous êtes, amis de la diaspora, fidèles à vos deux cultures, non pas franco-arméniens mais Français et Arméniens, non pas 50/50 mais deux fois 100% pour rester fidèles à ce beau proverbe arménien :

« Autant de langues tu connais, autant d’hommes tu es »
           
            A ce propos Anatole France, que Tchobanian rallia à la cause arménienne, nous donne une belle définition de l’identité : « Ces Arméniens sont vraiment un peuple par la communauté de la langue et des croyances religieuses, par la communion dans les mêmes souvenirs et les mêmes espérances, par la fraternité des sentiments, par la volonté forte et constante de vivre d’une même vie, de penser d’une même âme ». On ne peut qu’être frappé par les concordances avec la vision que donne Renan de la nation : « Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore ; voilà les conditions essentielles pour être un peuple ». On comprend qu’Anatole France, l’auteur de Thais (où il peint la vie étrange des solitaires chrétiens de la Thébaïde aux derniers temps de la civilisation alexandrine et romaine) ait été ému par le sort de ces chrétiens d’orient que l’actualité met à nouveau tragiquement en lumière. Déjà à cette époque Romain Rolland, lui aussi, opposait les passions déchaînées par l’affaire Dreyfus à la surdité concernant les massacres d’Arménie.

            Tchobanian, né en 1872 dans un faubourg arménien de Constantinople, a toute sa vie voulu diffuser les lettres françaises parmi les Arméniens et faire connaître la culture arménienne en Europe. De très bonne heure, il a traduit les œuvres d’Alphonse Daudet, de Maupassant, de Flaubert, de Zola. Il a fondé à Paris en 1898 la revue en langue arménienne Anahit.
            Pour Tchobanian, la France incarnait les idées de liberté, de justice et de fraternité universelles.
Il n’est pas très difficile pour un ancien ambassadeur de France de se retrouver dans son parcours.
            De façon plus anecdotique je me suis aperçu que nous avions tous deux fait une rencontre commune : le sculpteur Antoine Bourdelle remercia Tchobanian de lui avoir fait découvrir à travers son ouvrage La Roseraie la beauté de l’art arménien : un art qu’il qualifie d’architectural, où « l’esprit rayonne doucement car il vient de l’âme des pierres ». Il se trouve que, chargé des questions culturelles à notre ambassade en URSS, j’eus à organiser une exposition Bourdelle, à vérifier le bon état d’arrivée de ses sculptures à Moscou et à Léningrad et je tombai moi aussi sous le charme de ces marbres qui avaient une âme et je comprends les affinités du sculpteur avec l’art arménien. Je l’ai ressenti moi-même lorsque dans mon poème « L’Arménienne » j’écris : « Son âme tendre est un khatchkar ».

Ce sont toutes ces impressions, toutes ces affinités électives que j’ai eu le plaisir de retrouver en Arménie en octobre dernier, suite à l’invitation de la Ministre de la culture, Hasmik Poghossian. Une semaine extrêmement chargée avec une présentation de la traduction arménienne de mon essai « Arménie : l’âme d’un peuple » au musée Komitas en présence de tous les médias, six conférences, dont trois dans les universités devant des amphithéâtres combles, sans compter trois plateaux télévisés en deux jours. Mais ce qui m’a le plus ému c’est d’avoir retrouvé là-bas des anciens étudiants de l’Université française et ce, dès le premier soir, avec le Président des avocats francophones d’Arménie ; ce fut aussi d’apprendre de la bouche du nouveau Recteur, M. Lavest, très dynamique et apprécié, que 91% de nos 1700 diplômés exerçaient des responsabilités en Arménie, y compris en la personne du premier conseiller du nouveau Premier Ministre… Comme il faut bien quelques exceptions je suis heureux de saluer ce soir la présence de deux anciennes étudiantes qui furent en tête de leur promotion, respectivement en faculté de droit et en faculté de gestion.

            Au fil de ces quelques notations vous voyez sans doute se dessiner quelques orientations qui restent à affiner pour l’action culturelle de l’Institut Tchobanian.

            La première tourne autour du développement de la francophonie en Arménie. Elle peut être axée sur l’enrichissement des bibliothèques souvent très déficitaires en livres français. La bibliothèque Issahakian par exemple, que j’ai visitée, manque cruellement d’ouvrages d’auteurs contemporains. Pour atteindre un public jeune un effort pourrait être fait en faveur de la bande dessinée, peut-être en liaison avec l’Alliance française. D’une manière générale l’Institut, compte tenu de ses moyens modestes pourra chercher des synergies dans le cadre de l’année de la francophonie 2018.

            La seconde orientation pourrait favoriser ces deux pôles majeurs de la francophonie que constituent aujourd’hui le lycée français et l’université française. Il faut continuer à sensibiliser la diaspora à l’accueil des élèves et étudiants pour des stages en rapport avec leur cursus et les besoins de l’Arménie dans tous les domaines, en particulier tout ce qui touche au tourisme qui m’a toujours paru un des ressorts de développement de ce pays.

            La troisième orientation, en syntonie avec le nom de notre Institut, serait de valoriser l’héritage d’Archag Tchobanian : republication de ses écrits en français, baptême d’une rue ou place d’Erevan à son nom, ou encore d’une école ou d’une section où l’on enseigne le français.

            Ce ne sont là que des pistes mais bien entendu, nous vous tiendrons informés au fur et à mesure qu’elles se concrétiseront.

 ***
Après la réunion les conversations ont continué autour d'un cocktail. Monsieur Cuny a dédicacé son livre "Arménie, l'âme d'un peuple".

 

Puis pendant le dîner les convives ont pu échanger avec l'invité d'honneur.

Une trentaine de personnes au diner de Yan's, autour de Henry Cuny


Questions-réponses entre deux plats
Les convives ont exprimé leur souhait de voir l'organisation de ce genre de réunion/dîner  plus fréquemment.


par Arthur Turyan
Photos : Jirayr Jolakian
 

vendredi 16 septembre 2016

Interview de J. SIRAPIAN

Interview de Jean V. SIRAPIAN

directeur des éditions Sigest 

et

président-fondateur de l’Institut Tchobanian

 

Par Jean Dorian pour la revue « Europe&Orient »

Paris, le 8 septembre 2016


A l’occasion de la sortie du livre « Sauveurs et Combattants » écrit par le professeur Yaïr Auron, historien, spécialiste des génocides nous avons rencontré Jean Sirapian. 





JD: Comment est née l’idée de publier ce livre ?

JVS : Lors de ma rencontre avec M. Auron à Erevan, j’ai appris qu’il avait publié en hébreu « Sauveurs et combattants », un ouvrage sur les liens entre les parents de Charles Aznavour et le Groupe Manouchian. Sans hésiter j’ai décidé de publier ce livre en français. Cet ouvrage nous fait découvrir un aspect complètement inconnu de la famille de Charles Aznavour : le sauvetage des juifs et autres étrangers sous l’Occupation nazie à Paris. Il est illustré, entre autres, par des documents personnels de la famille Aznavour. 
 


JD : Pourquoi est-ce important de publier de ce livre « Sauveurs et Combattants » ?

JVS : Le thème developpé dans « Sauveurs et combattants » entre dans la ligne éditoriale de la transmission des mémoires de l’Institut Tchobanian. C’est aussi très important pour Yaïr Auron pour qui les relations arméno-juive comptent beaucoup. Ensuite comment refuser un manuscrit qui parle à la fois de la famille de Charles Aznavour et du Groupe Manouchian. Deux points de repère dans la mémoire collective arménienne.

JD : Quel est le lien entre le père de Charles Aznavour, Archag Tchobanian et Missak Manouchian ?

JVS : En 1939 la rencontre entre Tchobanian, Manouchian et Aznavour est un clin d’oeil à l’histoire. Quand nous avions publié notre premier livre, « Archag Tchobanian et le mouvement arménophile en France », une photo a attiré mon attention. Il s’agit d’une photo de groupe, prise à Paris. On y découvre une soixantaine d’artistes et d’écrivains arméniens réunis autour d’Archag Tchobanian. On y distingue le père de Charles, dont le prénom est Mischa, avec son tar (instrument de musique à corde qui ne le quittait jamais) et Missak Manouchian (qui était aussi un poète) autour d’Archag Tchobanian, « l’ambassadeur des lettres arméniennes en France ».


JD: Vous publiez ce livre en parallèle avec les nombreux ouvrages déjà publiés par Sigest !

JVS : Vous avez raison de le souligner. L’ouvrage « Sauveurs et Combattants » est le 106e livre de notre catalogue lancé en 2005. Cela fait en moyen dix publications par an, ce qui n’est pas négligeable pour une petite maison d’édition comme la nôtre.

JD : Vous allez présenter le livre dans les jours qui viennent à Paris, Lyon (Décines) et Nice, en présence de l’auteur.

JVS : Oui, l’Institut Tchobanian a invité le professeur Yaïr Auron en France. Vu l’intérêt qui suscite son livre, je pense qu’il y aura d’autres occasions pour l’inviter très souvent.

JD : Et quid des autres livres dont vous parliez ?

JVS : Cette rencontre à Erevan était très fructueuse puisqu’elle a permis aussi de signer la publication de deux livres de Yaïr Auron sur le génocide des Arméniens : « The Banality of Indifference » et « The Banality of Denial ». Nous publierons la traduction en français de ces deux livres avant le 24 avril 2017, date anniversaire du génocide de 1915.



mardi 29 septembre 2015

Lettre du R.P. Komidas à Archag Tchobanian

  • Lettre du R.P. Komidas à Archag Tchobanian

    " Il n'y a pas de salut en dehors de la Russie. " 
    Komidas Vardapet
     

    R.P. Komidas
     
    Archak Tchobanian














    Constantinople, le 28 décembre 1912


    Cher Archak,


    Il y a longtemps que je veux t'écrire, mais l'ayant remis du jour au lendemain, j'ai assez tardé.

    J'ai déjà appris et je sais que tu travailles à ton œuvre sacrée et noble, chérie et adorée, l’œuvre de l'avenir de l'Arménie, qui est l'objet de ta préoccupation, et que tu consacres toute ton énergie à la réalisation de ce but suprême. La nation arménienne te doit déjà beaucoup: tu fus le premier à saisir que pour frayer la voie à notre avenir, il fallait d'abord nous faire connaître aux étrangers, leur montrer notre vitalité, leur apprendre que nous sommes une source de lumière dans les ténèbres, que nous sommes un peuple de bâtisseurs...


    Si parfois l'union et l'harmonie nous ont fait défaut, c'est que nous n'avons jamais soufflé librement, même pendant les époques de nos semblants d'indépendance. Harcelés par l'ignorance et l'obscurantisme, les invasions et les pillages, le fer et le feu, nous avons su garder un je ne sais quoi d'irréductible, un espoir à toute épreuve, dirigeant nos yeux vers le flambeau de lumière de l'avenir, vers le flambeau, qu'après d'avoir perdu sa royauté et son gouvernement le peuple arménien a porté au sommet élevé de l'Aragatz, pour le suspendre au plafond invisible du ciel, par un fil immatériel, afin que les hordes obscures et avides ne puissent l'atteindre, et que sa lumière nous éclaire et nous permette de rêver à notre avenir. Tu fus le premier à décrire l'âme créatrice de nos aïeux et à montrer à l'étranger, aux enfants du monde civilisé, que nous suivons le même sentier qu'eux, que nous marchons sur le même sol, que nous tenons aussi une source lumineuse que les démons ont en vain essayé d'éteindre, et que ce sont eux qui ont péri, tandis que nous brasillions sous les cendres, confiant dans la science et la lumière qui, bien que nous ayant appartenu, en tant qu'enfants de l'Orient, sont sorties de nos mains pour éclairer l'Europe. Puisque nous reconnaissons bien le prototype et les possibilités de notre pensée qui nous éclaire, à présent, depuis l'Europe, pourquoi ne pas avoir notre flambeau lumineux entre nos mains? Tu fus le premier à inviter le monde civilisé à faire connaissance avec les créations artistiques des Arméniens...


    Réjouis-toi donc en toute quiétude! Prends des forces et donnes-en, tiens-toi solidement sur tes jambes, afin que les vagues séculaires aspirant à la liberté ne se brisent par derechef contre les écueils, ce qui pourrait nous être fatal. Laissons de côté, à présent, les sentiments, pour examiner la réalité.


    Il me semble que tant que nous n'aurons pas fait le premier pas positif, nous ne devons pas penser à faire le second. Depuis toujours notre pays a constitué une pomme de discorde sur le chemin de nos puissants voisins. Aujourd'hui, nous intéressons la Russie: tôt ou tard notre pays est destiné à faire partie de l’État russe. Nous avons deux moyens de nous libérer, tous les deux aboutissant au même point final. Le premier, le plus ambitieux, est notre indépendance, devant la diplomatie russe. Le deuxième, plus modeste, est de nous confier à l'Oncle russe et d'édifier une nation arménienne monolithique. Ses deux voies poursuivent le même but, mais le premier est irréalisable, tandis que le deuxième, qui s'appuie sur une identité, est réalisable. Le gouvernement russe eut à pâtir en Extrême-Orient. Il lui reste donc ce côté-ci pour l'expansion. La Perse est effectivement partagée entre l'Angleterre et la Russie. Ainsi les Arméniens pourront se libérer du joug persan, s'unir aux Arméniens de Russie et s'épauler mutuellement. A présent c'est notre tour celui des Arméniens de Turquie. Je ne peux pas croire que le gouvernement russe veuille nous sacrifier ses intérêts. Il ne peut pas permettre que les Arméniens occidentaux jouissent d'une meilleure condition que les Arméniens de son pays. Il essaiera donc de nous maintenir toujours, dans une situation qui nous le rende désirable, afin que nous constituions un élément accessible d'investissement ultérieur. Nos grands massacres prouvent mes paroles. Les journaux russes mettent toujours l'accent sur le point que nous devons forger et tremper notre salut à Saint-Pétersbourg. C'est ce qu'avait affirmé, dans le temps, Loris Mélikoff, prévenant le catholicos Guévorg IV qui, durant la guerre russo-turque, rattachant le salut de son peuple aux Turcs, les attendait à Etchmiadzine. Tu sais déjà bien que c'était le but principal de l'alliance de l'Angleterre, de la France et de la Russie. Donc il n'y a pas de salut en dehors de la Russie. Il faut d'abord que tous les Arméniens se rassemblent dans un État, une législation, se développent et forcissent moralement et physiquement, et puis, c'est le temps lui même qui nous apportera la liberté. En nous hâtant de faire le deuxième pas avant d'avoir fait le premier, nous nous perdrions totalement. Nous n'avons rien à espérer des Turcs...


    Nous ne devons pas nous séparer, nous ne devons pas nous laisser abuser par les propos mensongers de l'Europe. Nous devons nous réunir et nous engager sur le chemin pratique. Selon moi, le premier pas est de rassembler tous les Arméniens sous le règne de la Russie, et le second, de nous développer économiquement et moralement, nous guidant par des idées purement nationales, et non par des idées étrangères et indigestes pour nous. Le troisième pas c'est la révolution qui le fera. Mais nous profiterons de ce pas, à condition de nous y préparer et de nous engager dans un sentier purement national, à l'instar des Polonais. Les idées humaines de l'Europe, en dépit de leur attrait, ne nous sont pas utiles. Les plantes des pays froids s'étiolent bien vite sous le soleil ardent de notre pays.

    Je ne crains pas que nous risquions de nous dissoudre dans le gouvernement russe. Même si une dissolution partielle avait lieu, notre conscience nationale est déjà en éveil et nous aurions tout à y gagner. C'est mon opinion.

    Avec mes vœux cordiaux d'ardeur, d'énergie et de courage, je souhaite que le cadeau de Nouvel An que tu nous prépares soit modeste et bon.


    KOMITAS Vardapet qui t'embrasse et pense à toi.
     
source : http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/fr/6histoire/a_d/20_komidas1912.htm

mercredi 8 octobre 2014

Une rue Archag Tchobanian à Erevan



Campagne pour nommer une rue d'Erevan du nom "Archag Tchobanian"



Monsieur le Maire
Taron Markarian
Mairie d’Erevan
République d’Arménie

1er octobre 2014

Monsieur le Maire,
Comme vous le savez, Archag Tchobanian, a été envoyé au début du siècle dernier par la délégation arménienne de Constantinople à Paris pour faire connaître la vérité sur les massacres d’Arménie. Il  a été le fondateur du mouvement arménophile en France et a œuvré, avec succès, jusqu’à son décès en 1954 pour la Cause arménienne. 

2014 est le 60e anniversaire de sa mort.

Il a été considéré, à juste titre, comme l’Ambassadeur des lettres arméniennes en France et a fait connaître, grâce à ses écrits et traductions, la culture arménienne en France. Il fut aussi, de fait, un diplomate faisant le lien entre le Délégation arménienne et le Ministère des Affaires Étrangères de France.

De nombreux documents dans les archives françaises de 1914-1918 en témoignent.
De grands intellectuels et hommes politiques tels qu’Anatole France, Pierre Quillard, Jean Jaurès, Séverine, Clemenceau,… ont soutenu la Cause arménienne grâce au mouvement créé par Archag Tchobanian qui a combattu sans cesse des négationnistes comme Pierre Loti, Pierre Benoît et Claude Farrère.

Mes propres recherches dans les archives du musée Yeghiché Charentz d’Erevan montrent que son influence s’est exercée  dans de multiples domaines ; littérature, poésie, essais politiques, traduction, critique d’art… Par exemple c’est Archag Tchobanian qui a fait connaître Komitas en France.

Cet ensemble de raisons m’incite à la démarche suivante : je propose, au nom de l’Institut Tchobanian, à la Mairie d’Erevan de baptiser une rue ou une place centrale d’Erevan du nom « Archag Tchobanian ». Cette cérémonie prendrait place dans le cadre des événements de l’année 2015.

Vous trouverez ci-jointe la liste des signataires soutenant ce projet.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma haute considération.

Jean V. SIRAPIAN
Président-fondateur       
Arthur TURYAN
Trésorier          
Roger AKL
Secrétaire Général

Conseillers :                
Prof. Gérard ACHDJIAN, Prof. Gérard BOSSIERE, Alexis GOVCIYAN, Jean V. GUREGHIAN