Affichage des articles dont le libellé est Génocide. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Génocide. Afficher tous les articles

lundi 21 mars 2016

Reconnaissance américaine du génocide des chrétiens

Reconnaissance américaine
du génocide des chrétiens

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras


Ce que nous attendions, nous tous qui nous occupons des droits de l'homme et des reconnaissances des génocides, est arrivé. La Chambre des Représentants des États-Unis a voté à l'unanimité avec 393 voix, la proposition de la qualification de l’action de l'organisation terroriste de Daesh comme un génocide. Plus précisément encore, le vote a décidé que les atrocités commises par Daesh contre les chrétiens, les Yézidis et les autres minorités religieuses et ethniques en Irak et en Syrie constituent des crimes de guerre, des crimes contre l'Humanité et un génocide. 

Cet exemple est important pour les autres Etats et structures, car ils pourront soutenir plus facilement le vote même dans leurs propres Etats. Depuis longtemps, nous disons que l'organisation terroriste Daesh commet un génocide, mais nous avons maintenant un organisme officiel et bien sûr, de grande portée pour reconnaître ce génocide et l’enregistrer concrètement comme tel. Ce n’est pas une qualification que revendiquent les victimes elles-mêmes en Amérique, mais une décision nationale de la justice qui suit le concept des Droits de l'Humanité. Puisque c’est une nation, membre de cette Humanité, qui reconnaît le droit à la vie d'un peuple. 

Ce changement de phase est important pour l'avenir parce que les auteurs de crimes sont accusés immédiatement et non après des décennies de luttes pour la reconnaissance. De cette façon l'Humanité peut être plus active et plus efficace contre la barbarie pour sauver les innocents avant qu’ils ne meurent.

21 mars 2016

samedi 31 janvier 2015

Déclaration pan-arménienne du centenaire du Génocide

Publication
de la déclaration pan-arménienne
du centenaire du Génocide

La commission d’Etat de coordination des manifestations dédiées au 100e anniversaire du Génocide Arménien, en étroite concertation avec les comités régionaux de la diaspora,

- Exprimant la volonté solidaire du peuple arménien,

- S’appuyant sur la Déclaration de l’Indépendance de l’Arménie du 23 août 1990 et la Constitution de la République d’Arménie,

- Rappelant la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 de l’Organisation des Nations Unies, qui stipule que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

- Prenant en considération les principes et les dispositions consacrés dans la Résolution 96(1) du 11 décembre 1946 de l’Assemblée générale de l’ONU, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l’ONU du 9 décembre 1948, la Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité de l’ONU du 26 novembre 1968, ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 et tous les autres actes internationaux sur les droits de l’homme,

- Considérant que lors de l’adoption de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, l’ONU a mis l’accent sur l’importance de la coopération internationale dans la lutte contre ce crime,

- Soulignant qu’il est inadmissible que des actes qualifiés de crimes de génocide, restent impunis, et le fait que ce crime reste imprescriptible,
- Condamnant les actes génocidaires, la privation de la patrie, les massacres de masse, les nettoyages ethniques visant à exterminer la population arménienne, ainsi que la destruction du patrimoine arménien planifiés et mis en œuvre systématiquement par les différentes autorités qui se sont succédées à la tête de l’Empire ottoman et de la Turquie durant les années 1894-1923, de même que le déni constant du Génocide, le refus d’en assumer la responsabilité, les multiples tentatives de faire taire ou de justifier ces crimes et leurs conséquences, en tant qu’une continuation de ce crime et une incitation à l’accomplissement de nouveaux génocides,

- Considérant les verdicts rendus en 1919-1921 par la Cour martiale extraordinaire ottomane sur ce crime suprême contre « le droit humain » comme un fait juridique établi,

- Soulignant la définition de « crime contre l’humanité et la civilisation » à laquelle pour la première fois la communauté internationale a fait recours dans la Déclaration conjointe des pays de l’Entente, datée du 24 mai 1915, pour qualifier le crime atroce perpétré contre le peuple arménien, l’appel adressé aux autorités ottomanes les exhortant à assumer leur responsabilité dans ces crimes, ainsi que les clauses du Traité de Paix signé le 10 août 1920 à Sèvres et le rôle et la signification de la sentence arbitrale du président des États-Unis, Woodrow Wilson, du 22 novembre 1920, sur les voies consistant à surmonter les conséquences du Génocide Arménien,

1. Rend hommage à la mémoire de 1 million et demi de victimes du Génocide Arménien et s’incline avec gratitude devant les héros morts en martyr ou survivants ayant combattu pour la vie et la dignité humaine.

2. Réitère l’engagement de l’Arménie et du peuple arménien de poursuivre la lutte internationale pour la prévention des génocides, la reconstitution des droits des peuples ayant subi un génocide et l’établissement de la vérité historique.
3. Exprime ses remerciements aux États, aux organisations internationales, religieuses et non-gouvernementales qui ont eu le courage politique de reconnaître et de condamner le Génocide Arménien comme un crime atroce contre l’humanité et continuent aujourd’hui encore à prendre des mesures juridiques en ce sens, notamment pour la prévention des graves manifestations de négationnisme.

4. Exprime sa profonde gratitude aux peuples, aux institutions et aux individus qui, en prenant souvent des risques, ont apporté une assistance humanitaire multiforme, ont sauvé plusieurs Arméniens menacés d’une extermination totale, ont instauré des conditions de sécurité et de paix pour les rescapés du Génocide, en faisant porter l’essentiel de leurs efforts sur l’entretien des orphelins et le mouvement international en faveur des Arméniens.

5. Exhorte les pays membres de l’ONU, les organisations internationales, toutes les personnes de bonne volonté, indifféremment de leur appartenance nationale ou religieuse, à unir leurs efforts afin de rétablir la vérité historique et rendre hommage à la mémoire des martyrs du Génocide.

6. Exprime la volonté solidaire de l’Arménie et du peuple arménien d’obtenir la reconnaissance universelle du Génocide Arménien et de surmonter les conséquences du Génocide, en élaborant un dossier visant à des revendications juridiques, à titre de point de départ d’un processus de reconstitution des droits et des intérêts légitimes individuels, communautaires et nationaux.

7. Condamne le blocus illégal imposé à la République d’Arménie par la République de Turquie, l’attitude anti-arménienne de la Turquie dans les enceintes internationales, ainsi que les préconditions soumises par les autorités turques pour la normalisation des relations interétatiques, en les considérant comme des effets directs de l’impunité du Génocide Arménien, Medz Yeghern, qui perdure jusqu’à nos jours.

8. Exhorte la République de Turquie à reconnaitre et à condamner le Génocide Arménien perpétré par l’Empire ottoman et à assumer sa propre histoire et son passé en s’inclinant devant la mémoire des victimes de ce crime atroce et en renonçant à sa politique de falsification, à sa politique du déni des faits incontestables, à sa politique de banalisation. Soutient les membres de la société civile turque, les plus courageux qui se dressent aujourd’hui contre la ligne officielle de leurs autorités.

9. Exprime l’espoir que la reconnaissance et la condamnation du Génocide Arménien par la Turquie constitueront un point de départ important dans le processus de réconciliation historique des peuples arménien et turc.

10. Constate avec fierté qu’au cours du dernier siècle, le peuple arménien qui a survécu au Génocide :

- a fait preuve d’une volonté inébranlable et d’une conscience nationale, parvenant à restaurer sa souveraineté de l’État perdue depuis des siècles,

- a sauvegardé et a développé ses valeurs nationales, a assuré la renaissance de sa culture, des sciences, de l’éducation, apportant ainsi sa propre contribution au développement du patrimoine international,

- a constitué au sein de la Diaspora arménienne un réseau puissant et efficace d’institutions spirituelles et laïques qui ont contribué à la pérennité de l’identité arménienne, à l’instauration d’un respect et d’une sympathie à l’égard des Arméniens, à la défense des justes droits du peuple arménien,

- a assuré l’unité nationale et a restauré la base démographique menacée de disparition après le Génocide, par la mise en œuvre d’un vaste programme de coopération pan-arménienne et de rapatriement.

- a apporté, durant les Première et Deuxième Guerres mondiales, sa digne contribution à l’établissement de la sécurité, de la paix internationales, a remporté de glorieuses victoires lors des batailles héroïques de Sardarapat et d’Artsakh.

11. Considère le 100e anniversaire du Génocide Arménien comme une étape majeure dans son combat pour la justice historique, ayant à l’esprit la devise « Je me souviens et je revendique ».
12. Exhorte les futures générations d’Arméniens à se poser en défenseurs de notre patrimoine national sacré, à se comporter en patriotes, conscients et instruits, pour servir dans la lutte :

- pour une Patrie plus forte, une République d’Arménie libre et démocratique,

- pour le développement et la consolidation d’un Artsakh libre,

- pour la solidarité active des Arméniens dispersés dans le monde entier,

- pour la réalisation des rêves séculaires des Arméniens.

Dzidzernagapert, le 29 janvier 2015

 

 

mercredi 19 février 2014

L'appel des Experts à la CEDH pour le Réexamen de l'Arrêt Perinçek

Des experts internationaux appellent au réexamen de l’arrêt Périncek de la CEDH


19/02//2014

Boston, Mass. (A.W.) Des experts du génocide, inquiets, on écrit une lettre ouverte, relevant des “ inexactitudes historiques et conceptuelles “ dans la décision de la Cour Européenne dans l’affaire Dogu Perincek c/ Suisse, et appellent le gouvernement de Suisse à demander un réexamen du jugement de la Cour.
Le texte de la lettre , dans son intégralité, publié le 14 février, est repris ci-après.
Lettre ouverte à :
Madame la Conseillère Fédérale Simonetta Sommaruga, Cheffe du département fédéral de justice et police (DF JP) Palais fédéral ouest - CH-3003 Berne
Ayant pris connaissance de la décision de la Cour dans l’affaire Dogu Perincek c/ Suisse (ECHR 370,230,27 décembre 2013), nous, concernés en tant qu’experts du génocide, pensons qu’il est impératif de répondre à des inexactitudes historiques et conceptuelles qui sont contenues dans la décision, et nous pensons que ces inexactitudes ont une grave signification éthique et sociale.
Nous ne remettons nullement en question la notion de liberté d’expression, chose que les experts admettent la plupart du temps comme faisant partie d’une société ouverte et démocratique. Nous sommes malgré tout interpellés par des éléments du raisonnement de la Cour qui sont en contradiction avec les faits, s’agissant des données historiques sur le Génocide arménien de 1915, et en contradiction avec une évaluation éthique du négationnisme.
La décision affirme que 1) “ génocide est une notion de droit très étroite dont la preuve est difficile à apporter “ ; 2) la Cour doutait qu’il puisse y avoir un consensus général sur des événements tels que ceux en cause ici, étant donné que la recherche historique est par définition controversée et discutable ou ne se prête guère à des conclusions définitives ou à des vérités objectives et absolues ; la cour emploie l’expression “ débat enflammé “ en se référant au contexte politique actuel entourant le Génocide arménien.
Premièrement, c’est une conclusion absolue des experts qui étudient le génocide (des centaines d’universitaires indépendants, qui n’ont aucune affiliation avec des gouvernements, et les travaux qui se sont déroulés sur des décennies sont le fait de nombreux pays et nationalités ) : le massacre massif d’Arméniens par les Ottomans est conforme à tous les aspects de la définition donnée à l’article 2 de la Convention des Nations Unies pour la Prévention et la Répression du Crime de Génocide.
En 1997, l’Association Internationale des Experts du le Génocide, (IAGS) le corps le plus important de experts qui étudient le génocide, a voté une résolution reconnaissant unanimement les massacres ottoman comme un génocide. Le Centre International pour la Justice Transitionnelle (ICTJ) avait préparé une analyse pour la Commission de Réconciliation arméno-turque (TARC) en 2003, selon laquelle “ les Événements [de 1915] comportent tous les éléments du crime de génocide tel qu’il est défini dans la convention (UNCPPCG) “.
En 2000, 100 experts de l’Holocauste de premier ordre ont signé une pétition dans le New York Times affirmant que les événements de 1915 étaient un génocide et plaidant pour une reconnaissance mondiale. Une lettre ouverte de l’IAGS au Premier ministre turc Erdogan, en Juin 2005, enjoignait au gouvernement turc d’avouer “ le fait historique sans équivoque du Génocide arménien “. Les trois seuls génocides du 20ème siècle sur lesquels les théoriciens des études du génocide (tel William Schabas) sont d’accords, sont les cas des Arméniens en Turquie, en 1915, des Juifs en Europe, en 1940-45, et des Tutsis au Rwanda, en 1994. La destruction des Arméniens était au centre de la création par Raphaël Lemkin du concept de génocide comme un crime du droit international, et ce fut Lemkin qui créa et employa l’expression Génocide Arménien en 1944.
L’idée avancée par la Cour que les crimes de génocide ne peuvent s’appliquer qu’aux événements du Rwanda et de Srebrenica, parce qu’ils étaient jugés par la Cour Internationale de Justice, est incomplète. Les crimes de génocide ont été évalués comme événements historiques par des experts pendant maintenant des décennies, et à la fois les crimes commis contre les Arméniens par les Turcs ottomans en 1915 et ceux commis contre les Juifs d’Europe par les Nazis dans les années 1940 ont été qualifiés de génocide par Lemkin. Ainsi que l’ont noté les experts, les crimes de génocide peuvent être jugés rétroactivement, et William Schabas a relevé qu’au cours du procès d’Eichmann à Jérusalem, en 1961, le mot génocide a été employé rétroactivement pour désigner les crimes commis contre les Juifs.
En outre, sous l’article 10, “ la Cour a clairement fait une distinction entre cette présente affaire et d’autres affaires concernant la négation des crimes de l’Holocauste... dans lesquelles, selon une cour internationale, les actes mis en cause étaient clairement établis “. Nous relevons que les responsables de l’Holocauste étaient poursuivis aux procès de Nuremberg (1945-46), non pour crime de génocide, mais pour “ crimes contre l’humanité “, même si Raphael Lemkin avait créé auparavant le mot “ génocide “. Le cas arménien, contrairement à l’affirmation de la Cour, a bien une base juridique claire pour son authenticité. D’abord, “ crimes contre l’humanité “ est la formulation exacte employée par la France, le Royaume Uni et la Russie en 1915, dans leur déclaration commune répondant aux massacres des Arméniens par le gouvernement turc ottoman. Après la Première Guerre Mondiale, le gouvernement ottoman avait constitué des tribunaux militaires (1919-1920) pour juger 200 membres de haut-rang de l’armée et du gouvernement pour avoir prémédité le massacre de masse de la population arménienne. La décision de 2006 du Centre International pour la Justice Transitionnelle affirme elle aussi une telle base légale.
La Cour a également décidé, sur la base de l’article 17 (interdiction de l’abus de droit) , que “ Le rejet de la caractérisation juridique en “ génocide “ des événements de 1915 n’était pas en lui-même une incitation à la haine contre le peuple arménien “. Et pourtant, la Cour Européenne des Droits de l’Homme déclare (au paragraphe 19) que “ la négation de l’Holocauste est le principal moteur de l’antisémitisme “. Nous relèverons de façon similaire que la négation du Génocide arménien en Turquie a eu pour résultat l’assassinat du journaliste arménien de Turquie Hrant Dink, et a eu pour résultat des violences sur d’autres en Turquie.
En se référant au Génocide arménien comme à un “ mensonge international “, M. Perincek révèle un niveau d’extrémisme qui submerge tout sens du jugement. Nous pensons que la Cour fait un faux-pas quand elle privilégie le négationnisme de la Turquie (un pays dont le bilan sur la liberté des intellectuels et sur les droits de l’homme au cours des décennies passées est parmi les pires) en évoquant un “ débat enflammé “. Comme l’a écrit l’IAGS dans une lettre ouverte sur le négationnisme et le Génocide arménien (octobre 2006), “ les experts qui nient les faits du génocide malgré les preuves irréfutables ne sont pas engagés dans un débat historique ; leur programme est tout autre. Dans le cas du Génocide arménien, le programme est d’absoudre la Turquie de sa responsabilité dans la planification de l’extermination des Arméniens. - un programme constant, quel que soit le parti au pouvoir, depuis l’époque du génocide, en 1915. Les experts qui contestent que ce qu’ont subi les Arméniens en 1915 dans l’Empire ottoman est un génocide, ignorent effrontément les preuves irréfutables historiques et universitaires “.
Comme l’experte du génocide Deborah Lipstadt l’a écrit : La négation du génocide, celui des Turcs contre les Arméniens, ou celui des Nazis contre les Juifs, n’est pas le fait d’une réinterprétation historique...Les négationnistes visent à convaincre les tiers qu’une autre face de l’histoire existe...alors qu’il n’y a pas d’autre face “. Nous pensons que la décision et le raisonnement de la Cour contribue au négationnisme et que cela a un effet corrosif sur les efforts de vérité et de réconciliation, et sur l’éthique.
Nous pensons qu’il est important que le gouvernement de Suisse demande un réexamen du jugement de la Cour dans cette affaire.
Salutations,
Taner Akçam, Professeur, Centre d’Études de l’Holocauste et du Génocide Kaloosdian Mugar
Margaret Lavinia Anderson ; Actuel Professeur de l’Université de California -Berkeley, Professeur Émérite d’Histoire
Joyce Apsel, Maître de Conférence à l’Université de New York ; ancien président de l’Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide
Yair Auron, chef du Département de Sociologie, Sciences Politiques et Communication, University Libre d’Israel
Peter Balakian, Donald M. and Constance H. Rebar Professeur en Humanités, Colgate University
Annette Becker, Professeur d’Histoire, Université de Paris- Ouest Nanterre La Défense ; Membre Senior, Institut Universitaire de France
Matthias Bjornlund, historien aux archves ; Institut Danois pour les Études Étrangères (DIS), Copenhague
Donald Bloxham, Professeur d’Histoire Moderne, Université d’Édinbourg
Hamit Bozarslan, Directeur, EHESS, Paris
Cathy Caruth, Frank H. T. Rhodes Professeur de Lettres Humaines, Cornell University
Frank Chalk, Professeur d’Histoire ; Directeur, Institut d’Études du Génocide et des Droits de l’Homme de Montréal
Israel Charny, Ancien Président Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide ; Directeur, Institut de l’Holocauste et du Génocide, Jerusalem
Deborah Dwork, Rose Professeur d’Histoire ; Directrice du Centre Strassler pour les études sur l’Holocauste et le Génocide, Clark University
Helen Fein, Chercheuse Indépendante ; Ancienne Directrice Exécutive de l’Institut pour l’Étude du Génocide (New York)
Marcelo Flores, Professeur d’Histoire Comparative ; directeur, The European Master in Human Rights and Genocide Studies, Université de Sienne
Donna-Lee Frieze, Prins Chercheuse Principale, Centre pour l’Histoire Juive, New York City ; Chercheuse Invitée, Institut de Recherche Alfred Deakin, Deakin University, Melbourne.
Wolfgang Gust, Chercheur Independent, Directeur armenocide.com.de Hamburg
Herbert Hirsch, Professor de Sciences Politiques, Virginia Commonwealth University ; co-éditeur, Genocide Studies International
Marianne Hirsch, William Peterfield Trent Professeur d’Anglais et de Littérature Comparative à l’Institut pour la Recherche sur la Femme, le Genre, et la Sexualité ; Columbia University
Tessa Hofmann, Prof. h.c. Dr. phil, Frie Universitat Berlin, Institut pour les Études Est Européennes
Richard Hovanissian, Professeur Émérite, Histoire Arménienne et du Proche-Orient à l’Université de Californie, Los Angeles ; Distingué Chercheur Invité à l’Université Chapman et à l’Université de Californie, Irvine
Raymond Kevorkian, Historien, Université de Paris-VIII-Saint Denis
Hans-Lukas Kieser, Professeur d’Histoire Moderne, Université de Zurich
Mark Levene, Maître de Conférence en Histoire Comparative, Université de Southampton, Royaume-Uni
Robert Jay Lifton, MD ; Professeur Émérite Distingué, L’Université de la Ville de New York
Deborah Lipstadt, Chaire Dorot, Professeur d’Histoire Juive Moderne et Études sur l’Holocauste, Emory University
Wendy Lower, John K. Roth Professeur d’Histoire, Claremont McKenna College
Robert Melson, Professor Émérite, Purdue University ; Ancien Président, Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide
Donald E. Miller, Professeur de Religion ; Directeur, Center for Religion and Civic Culture, Université de Californie du Sud
A. Dirk Moses, Professeur d’Histoire Mondiale et Coloniale, Institut de l’Université Européenne, Florence et Rédacteur en Chef, Journal of Genocide Research.
James R. Russell, Mashtots Professeur d’études Arméniennes, Université d’Harvard
Roger W. Smith, Professeur Émerite du Gouvernement, Collège de William et Mary ; Ancien Président, Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide
Leo Spitzer, K.T. Vernon Professeur Émérite d’Histoire, Collège de Dartmouth
Gregory Stanton, Professeur Chercheur en Études sur le Génocide et sa Prévention, Université George Mason ; Ancien Président, Association Inyternationla des Chercheurs sur le Génocide
Yves Ternon, Historien en génocide moderne, chercheur independant, France
Henry C. Theriault, Professeur de Philosophie, Université d’État Worcester Co-Éditor-en-Chef, Études du Génocide et Prévention
Eric D. Weitz, Doyen des Humanités et Arts et Professeur d’Histoire, Le Collège de la Ville de New York, Centre des Hautes Études
Boston, Mass. (A.W.) Des experts du génocide, inquiets, on écrit une lettre ouverte, relevant des " inexactitudes historiques et conceptuelles " dans la décision de la Cour Européenne dans l’affaire Dogu Perinçek c/ Suisse, et appellent le gouvernement de Suisse à demander un réexamen du jugement de la Cour.Le texte de la lettre , dans son intégralité, publié le 14 février, est repris ci-après.

Lettre ouverte à :
Madame la Conseillère Fédérale 
Simonetta Sommaruga
Cheffe du département fédéral de justice et police 
Palais fédéral ouest - CH-3003 Berne

Ayant pris connaissance de la décision de la Cour dans l’affaire Dogu Perinçek c/ Suisse (ECHR 370,230,27 décembre 2013), nous, concernés en tant qu’experts du génocide, pensons qu’il est impératif de répondre à des inexactitudes historiques et conceptuelles qui sont contenues dans la décision, et nous pensons que ces inexactitudes ont une grave signification éthique et sociale.

Nous ne remettons nullement en question la notion de liberté d’expression, chose que les experts admettent la plupart du temps comme faisant partie d’une société ouverte et démocratique. Nous sommes malgré tout interpellés par des éléments du raisonnement de la Cour qui sont en contradiction avec les faits, s’agissant des données historiques sur le Génocide arménien de 1915, et en contradiction avec une évaluation éthique du négationnisme.
La décision affirme que 
1) " génocide est une notion de droit très étroite dont la preuve est difficile à apporter " ; 
2) la Cour doutait qu’il puisse y avoir un consensus général sur des événements tels que ceux en cause ici, étant donné que la recherche historique est par définition controversée et discutable ou ne se prête guère à des conclusions définitives ou à des vérités objectives et absolues ; la cour emploie l’expression " débat enflammé " en se référant au contexte politique actuel entourant le Génocide arménien.

Premièrement, c’est une conclusion absolue des experts qui étudient le génocide (des centaines d’universitaires indépendants, qui n’ont aucune affiliation avec des gouvernements, et les travaux qui se sont déroulés sur des décennies sont le fait de nombreux pays et nationalités ) : le massacre massif d’Arméniens par les Ottomans est conforme à tous les aspects de la définition donnée à l’article 2 de la Convention des Nations Unies pour la Prévention et la Répression du Crime de Génocide.

En 1997, l’Association Internationale des Experts du le Génocide, (IAGS) le corps le plus important de experts qui étudient le génocide, a voté une résolution reconnaissant unanimement les massacres ottoman comme un génocide. Le Centre International pour la Justice Transitionnelle (ICTJ) avait préparé une analyse pour la Commission de Réconciliation arméno-turque (TARC) en 2003, selon laquelle “ les Événements [de 1915] comportent tous les éléments du crime de génocide tel qu’il est défini dans la convention (UNCPPCG) “.

En 2000, 100 experts de l’Holocauste de premier ordre ont signé une pétition dans le New York Times affirmant que les événements de 1915 étaient un génocide et plaidant pour une reconnaissance mondiale. Une lettre ouverte de l’IAGS au Premier ministre turc Erdogan, en Juin 2005, enjoignait au gouvernement turc d’avouer “ le fait historique sans équivoque du Génocide arménien “. Les trois seuls génocides du 20ème siècle sur lesquels les théoriciens des études du génocide (tel William Schabas) sont d’accords, sont les cas des Arméniens en Turquie, en 1915, des Juifs en Europe, en 1940-45, et des Tutsis au Rwanda, en 1994. La destruction des Arméniens était au centre de la création par Raphaël Lemkin du concept de génocide comme un crime du droit international, et ce fut Lemkin qui créa et employa l’expression Génocide Arménien en 1944.

L’idée avancée par la Cour que les crimes de génocide ne peuvent s’appliquer qu’aux événements du Rwanda et de Srebrenica, parce qu’ils étaient jugés par la Cour Internationale de Justice, est incomplète. Les crimes de génocide ont été évalués comme événements historiques par des experts pendant maintenant des décennies, et à la fois les crimes commis contre les Arméniens par les Turcs ottomans en 1915 et ceux commis contre les Juifs d’Europe par les Nazis dans les années 1940 ont été qualifiés de génocide par Lemkin. Ainsi que l’ont noté les experts, les crimes de génocide peuvent être jugés rétroactivement, et William Schabas a relevé qu’au cours du procès d’Eichmann à Jérusalem, en 1961, le mot génocide a été employé rétroactivement pour désigner les crimes commis contre les Juifs.

En outre, sous l’article 10, " la Cour a clairement fait une distinction entre cette présente affaire et d’autres affaires concernant la négation des crimes de l’Holocauste... dans lesquelles, selon une cour internationale, les actes mis en cause étaient clairement établis". Nous relevons que les responsables de l’Holocauste étaient poursuivis aux procès de Nuremberg (1945-46), non pour crime de génocide, mais pour " crimes contre l’humanité ", même si Raphael Lemkin avait créé auparavant le mot "génocide". Le cas arménien, contrairement à l’affirmation de la Cour, a bien une base juridique claire pour son authenticité. D’abord, "crimes contre l’humanité" est la formulation exacte employée par la France, le Royaume Uni et la Russie en 1915, dans leur déclaration commune répondant aux massacres des Arméniens par le gouvernement turc ottoman. Après la Première Guerre Mondiale, le gouvernement ottoman avait constitué des tribunaux militaires (1919-1920) pour juger 200 membres de haut-rang de l’armée et du gouvernement pour avoir prémédité le massacre de masse de la population arménienne. La décision de 2006 du Centre International pour la Justice Transitionnelle affirme elle aussi une telle base légale.

La Cour a également décidé, sur la base de l’article 17 (interdiction de l’abus de droit) , que " Le rejet de la caractérisation juridique en "génocide" des événements de 1915 n’était pas en lui-même une incitation à la haine contre le peuple arménien ". Et pourtant, la Cour Européenne des Droits de l’Homme déclare (au paragraphe 19) que " la négation de l’Holocauste est le principal moteur de l’antisémitisme ". Nous relèverons de façon similaire que la négation du Génocide arménien en Turquie a eu pour résultat l’assassinat du journaliste arménien de Turquie Hrant Dink, et a eu pour résultat des violences sur d’autres en Turquie.

En se référant au Génocide arménien comme à un " mensonge international ", M. Perincek révèle un niveau d’extrémisme qui submerge tout sens du jugement. Nous pensons que la Cour fait un faux-pas quand elle privilégie le négationnisme de la Turquie (un pays dont le bilan sur la liberté des intellectuels et sur les droits de l’homme au cours des décennies passées est parmi les pires) en évoquant un " débat enflammé ". Comme l’a écrit l’IAGS dans une lettre ouverte sur le négationnisme et le Génocide arménien (octobre 2006), " les experts qui nient les faits du génocide malgré les preuves irréfutables ne sont pas engagés dans un débat historique ; leur programme est tout autre. Dans le cas du Génocide arménien, le programme est d’absoudre la Turquie de sa responsabilité dans la planification de l’extermination des Arméniens. - un programme constant, quel que soit le parti au pouvoir, depuis l’époque du génocide, en 1915. Les experts qui contestent que ce qu’ont subi les Arméniens en 1915 dans l’Empire ottoman est un génocide, ignorent effrontément les preuves irréfutables historiques et universitaires ".

Comme l’experte du génocide Deborah Lipstadt l’a écrit : "La négation du génocide, celui des Turcs contre les Arméniens, ou celui des Nazis contre les Juifs, n’est pas le fait d’une réinterprétation historique... Les négationnistes visent à convaincre les tiers qu’une autre face de l’histoire existe... alors qu’il n’y a pas d’autre face". Nous pensons que la décision et le raisonnement de la Cour contribue au négationnisme et que cela a un effet corrosif sur les efforts de vérité et de réconciliation, et sur l’éthique.

Nous pensons qu’il est important que le gouvernement de Suisse demande un réexamen du jugement de la Cour dans cette affaire.

Salutations,

Taner Akçam, Professeur, Centre d’Études de l’Holocauste et du Génocide Kaloosdian Mugar
Margaret Lavinia Anderson ; Actuel Professeur de l’Université de California -Berkeley, Professeur Émérite d’Histoire
Joyce Apsel, Maître de Conférence à l’Université de New York ; ancien président de l’Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide
Yair Auron, chef du Département de Sociologie, Sciences Politiques et Communication, University Libre d’Israel
Peter Balakian, Donald M. and Constance H. Rebar Professeur en Humanités, Colgate University
Annette Becker, Professeur d’Histoire, Université de Paris- Ouest Nanterre La Défense ; Membre Senior, Institut Universitaire de France
Matthias Bjornlund, historien aux archves ; Institut Danois pour les Études Étrangères (DIS), Copenhague
Donald Bloxham, Professeur d’Histoire Moderne, Université d’Édinbourg
Hamit Bozarslan, Directeur, EHESS, Paris
Cathy Caruth, Frank H. T. Rhodes Professeur de Lettres Humaines, Cornell University
Frank Chalk, Professeur d’Histoire ; Directeur, Institut d’Études du Génocide et des Droits de l’Homme de Montréal
Israel Charny, Ancien Président Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide ; Directeur, Institut de l’Holocauste et du Génocide, Jerusalem
Deborah Dwork, Rose Professeur d’Histoire ; Directrice du Centre Strassler pour les études sur l’Holocauste et le Génocide, Clark University
Helen Fein, Chercheuse Indépendante ; Ancienne Directrice Exécutive de l’Institut pour l’Étude du Génocide (New York)
Marcelo Flores, Professeur d’Histoire Comparative ; directeur, The European Master in Human Rights and Genocide Studies, Université de Sienne
Donna-Lee Frieze, Prins Chercheuse Principale, Centre pour l’Histoire Juive, New York City ; Chercheuse Invitée, Institut de Recherche Alfred Deakin, Deakin University, Melbourne.
Wolfgang Gust, Chercheur Independent, Directeur armenocide.com.de Hamburg
Herbert Hirsch, Professor de Sciences Politiques, Virginia Commonwealth University ; co-éditeur, Genocide Studies International
Marianne Hirsch, William Peterfield Trent Professeur d’Anglais et de Littérature Comparative à l’Institut pour la Recherche sur la Femme, le Genre, et la Sexualité ; Columbia University
Tessa Hofmann, Prof. h.c. Dr. phil, Frie Universitat Berlin, Institut pour les Études Est Européennes
Richard Hovanissian, Professeur Émérite, Histoire Arménienne et du Proche-Orient à l’Université de Californie, Los Angeles ; Distingué Chercheur Invité à l’Université Chapman et à l’Université de Californie, Irvine
Raymond Kevorkian, Historien, Université de Paris-VIII-Saint Denis
Hans-Lukas Kieser, Professeur d’Histoire Moderne, Université de Zurich
Mark Levene, Maître de Conférence en Histoire Comparative, Université de Southampton, Royaume-Uni
Robert Jay Lifton, MD ; Professeur Émérite Distingué, L’Université de la Ville de New York
Deborah Lipstadt, Chaire Dorot, Professeur d’Histoire Juive Moderne et Études sur l’Holocauste, Emory University
Wendy Lower, John K. Roth Professeur d’Histoire, Claremont McKenna College
Robert Melson, Professor Émérite, Purdue University ; Ancien Président, Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide
Donald E. Miller, Professeur de Religion ; Directeur, Center for Religion and Civic Culture, Université de Californie du Sud
A. Dirk Moses, Professeur d’Histoire Mondiale et Coloniale, Institut de l’Université Européenne, Florence et Rédacteur en Chef, Journal of Genocide Research.
James R. Russell, Mashtots Professeur d’études Arméniennes, Université d’Harvard
Roger W. Smith, Professeur Émerite du Gouvernement, Collège de William et Mary ; Ancien Président, Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide
Leo Spitzer, K.T. Vernon Professeur Émérite d’Histoire, Collège de Dartmouth
Gregory Stanton, Professeur Chercheur en Études sur le Génocide et sa Prévention, Université George Mason ; Ancien Président, Association Inyternationla des Chercheurs sur le Génocide
Yves Ternon, Historien en génocide moderne, chercheur independant, France
Henry C. Theriault, Professeur de Philosophie, Université d’État Worcester Co-Éditor-en-Chef, Études du Génocide et Prévention
Eric D. Weitz, Doyen des Humanités et Arts et Professeur d’Histoire, Le Collège de la Ville de New York, Centre des Hautes Études